Chanae Parsons est une femme d'action. Motivée par les expériences de sa jeunesse à Lucasville, en Nouvelle-Écosse – ainsi que par l'exemple des femmes noires fortes qui l'ont aidée –, Chanae élabore des programmes, participe à la fondation d'organismes et agit auprès des jeunes afin de créer un monde meilleur pour les jeunes filles et les femmes noires de la Nouvelle-Écosse.

La série de vidéos intitulée L’expérience des Noirs dans les provinces de l’Atlantique met en relief le parcours de certains leaders Noirs émergents de cette région qui cherchent à éduquer et à inspirer la nouvelle génération, et souligne les défis qu’ils ont dû surmonter ainsi que leurs grandes réussites. Nous célébrons ces pionniers qui changent le discours ambiant sur ce qui est possible pour les membres de la communauté noire, les personnes marginalisées et tous les habitants de notre région.

Cette série de vidéos, qui sera lancée pendant le Mois de l’histoire des Noirs, explore les défis uniques que doivent relever les Noirs qui vivent dans les provinces de l’Atlantique, notamment le racisme systémique et le racisme explicite, et souligne l’importance et l’efficacité des mesures visant à s’attaquer à ces problèmes de façon concrète et stratégique.


Vous voulez savoir ce que pensent les jeunes ? Mettez un micro entre les mains d’un jeune. Vous voulez que les jeunes Noirs puissent réussir dans leurs études aussi bien que les autres jeunes ? Mettez sur pied un programme élaboré avec l’apport des jeunes et traitant des défis particuliers auxquels ils sont confrontés en classe et ailleurs. Telle est l’approche adoptée par Chanae Parsons, qui s’emploie à changer la façon dont sont représentées et perçues les femmes et les jeunes filles noires dans la province dont elle est originaire, la Nouvelle-Écosse.

Chanae Parsons est une force de la nature. Âgée de 31 ans et mère d’un garçon de quatre ans, elle possède un diplôme en service social de l’Université Dalhousie et est inscrite au programme de maîtrise en éducation des adultes intitulé Women’s Leadership and Community Development, à l’Université St. Francis Xavier. Membre de divers conseils consultatifs et associations soutenant la communauté noire de la Nouvelle-Écosse, elle est également cofondatrice d’un organisme qui apporte un soutien à cette communauté et aux jeunes Noirs de la province. Au cours de sa carrière, elle a élaboré des programmes qui ont pour objet d’aider les jeunes de sa communauté et de célébrer leur apport. Et son travail n’est pas terminé.

L’engagement de Chanae envers les jeunes est enraciné dans sa propre expérience, qui l’incite à aller de l’avant avec dynamisme et optimisme.

Devenir l’exception

Chanae Parsons obtenait de bons résultats à l’école et s’exprimait avec aisance, mais elle n’arrivait pas à sentir qu’elle avait vraiment sa place. Et comme elle a fréquenté des établissements dont la vaste majorité des élèves étaient blancs, ses amis de la communauté noire disaient d’elle qu’elle avait « blanchi ». D’un point de vue culturel, elle n’avait pas le sentiment d’appartenir au même monde que ses amis blancs. Et ceux-ci évitaient souvent de l’inviter à la maison parce qu’ils l’associaient à quelque chose de « problématique ». Un jour, quelqu’un lui a dit qu’elle était « vraiment jolie pour une jeune fille noire ».

« Quand on réfléchit au système d'éducation, on peut se demander comment une élève peut réussir si elle ne peut s'identifier ni au contenu du programme d'études, ni au milieu qui l'entoure, ni à l'enseignante qui est devant elle. Comment pourrait-elle actualiser son plein potentiel dans un contexte où elle n'apprend rien à propos d'elle-même ? »

Malgré son intelligence, elle n’avait jamais pensé qu’elle irait à l’université. Très jeune, elle s’était fait dire qu’en général les jeunes filles noires n’avaient ni l’intelligence ni les autres qualités nécessaires pour réussir. « Quand on réfléchit au système d’éducation, on peut se demander comment une élève peut réussir si elle ne peut s’identifier ni au contenu du programme d’études, ni au milieu qui l’entoure, ni à l’enseignante qui est devant elle. Comment pourrait-elle actualiser son plein potentiel dans un contexte où elle n’apprend rien à propos d’elle-même ? »

Ce n’est que plus vieille qu’elle a réalisé qu’il lui fallait se défaire de nombreuses idées qu’on lui avait transmises – des idées au sujet d’elle-même et des femmes noires en général. « Parmi les femmes noires qui ont réussi, beaucoup se voient comme des exceptions parce que c’est ce qu’on leur a appris, explique-t-elle. Quand on croit que certains milieux ne sont pas pour nous, il est difficile d’imaginer en faire partie. »

Le rôle d’autres femmes noires fortes dans sa vie

Heureusement pour Chanae, elle a reçu très jeune l’appui d’autres personnes. « Ma mère était déterminée et animée d’une volonté inébranlable. Durant toute mon enfance, j’ai été témoin de son engagement à l’égard d’une foule de comités et d’organismes. Je voyais le combat qu’elle menait pour que je puisse vivre dans un monde meilleur. »

Sa mère l’a inscrite à un programme de tutorat mis sur pied par la Black Educators Association, le programme pour les jeunes du Centre communautaire de Lucasville et la Black Business Initiative (BBI). C’est ainsi qu’elle a découvert les compétences propres aux entrepreneurs. Sa mère a aussi fait des démarches pour que Chanae et sa cousine puissent faire partie de la classe de la seule enseignante noire de l’école. « Je ne comprenais pas vraiment ce que tout cela signifiait lorsque j’étais jeune, ni pourquoi ma mère faisait tant d’efforts pour aider les Noirs. Ça me semblait une perte de temps. » L’attitude de Chanae a changé après le suicide de sa meilleure amie, âgée comme elle de 17 ans. Chanae a alors réalisé que la voie sur laquelle elle était engagée ne lui apporterait rien de bon. « La mort de mon amie m’a fait réorienter ma vie », explique-t-elle.

En voyant les efforts constants – et les réussites – de sa mère dans sa démarche visant à lui assurer un meilleur avenir, Chanae en est venue à réaliser qu’il ne s’agissait pas seulement de son avenir, mais de celui de toutes les jeunes filles noires. Cette compréhension l’a amenée à s’orienter vers le service social. « Je voulais pouvoir aider les jeunes Noires de la même façon que d’autres femmes noires m’avaient aidée », dit-elle. C’est au cours de sa première année à l’Université Dalhousie qu’elle a fait la connaissance de la sénatrice Wanda Thomas Bernard, directrice de l’École de service social de l’Université Dalhousie, qui était aussi une amie de la famille de Chanae. Mme Thomas Bernard a aidé Chanae, alors aux prises avec des difficultés scolaires, à se doter d’un plan axé sur la réussite. Aujourd’hui, Chanae est membre de l’Association of Black Social Workers, un organisme dont Mme Thomas Bernard est cofondatrice.

Chanae a par la suite reçu le soutien de Mme Kesa Munroe-Anderson, qui lui a proposé son premier emploi. Mme Munroe-Anderson a offert à Chanae un poste à l’extérieur de l’université au African Nova Scotian Affairs Integration Office. Enfin, Sylvia Parris-Drummond, directrice générale du Delmore « Buddy » Daye Learning Institute (DBDLI) – et lauréate du Prix canadien de l’entrepreneuriat féminin RBC 2020 –, a donné à Chanae la possibilité de s’investir davantage dans sa passion pour la création de programmes à l’intention des jeunes Noirs.

« Quand je repense à mes diverses expériences, je réalise que j’ai toujours eu derrière moi au moins une femme noire forte pour m’appuyer et me guider », dit Chanae.

Soutenir les jeunes

Les expériences de vie de Chanae se reflètent dans son travail et ses nombreuses responsabilités à titre de conseillère, car elle sent qu’elle a le devoir d’offrir à d’autres le type de soutien qu’elle a reçu dans sa jeunesse. Cela s’exprime particulièrement dans son travail au sein de l’organisme communautaire ACCE (Arts, Community, Culture and Economics), qu’elle a fondé conjointement avec d’autres personnes préoccupées de défendre les intérêts des Afro-Néo-Écossais. « Au fil de nos rencontres lors d’événements, nous avons réalisé que de nombreux organismes de soutien à la communauté noire travaillaient de façon isolée. Nous avons compris que nous aurions une incidence plus forte si nous travaillions ensemble. » L’organisme, dont l’autofinancement est assuré par ses membres fondateurs, mise sur une approche collaborative pour résoudre des problèmes qui n’ont rien d’unidimensionnel.

Elle se rappelle le cas d’un jeune Noir dont le frère avait été tué par balles. L’école que fréquentait le jeune homme n’était pas en mesure de lui offrir un soutien approprié, de sorte qu’il a eu d’énormes difficultés en classe. « Cette situation montre qu’il ne suffit pas de mettre en place des programmes axés sur la réussite scolaire. Un élève dont le frère a été abattu la semaine précédente est confronté à un défi qui n’a rien à voir avec des difficultés en mathématiques. Notre approche doit être fondée sur une vision plus large et sur la collaboration. »

Selon Chanae, une difficulté importante tient à la faible visibilité des Noirs dans de nombreux milieux. « Pour s’affirmer, on doit sentir qu’on a sa place. Dans le système d’éducation, où sont les enseignants noirs ? Où sont les directeurs d’école et les chefs de département noirs ? Dans le système de justice, où sont les avocats noirs ? Ils existent. Mais regardez du côté de la population carcérale. Combien de Noirs sont incarcérés ? Nous devons devenir avocats, médecins, éducateurs – sinon, rien ne changera. Où le changement commence-t-il ? Il commence à l’école. »

C’est ce qui incite Chanae à déployer des efforts en vue d’une meilleure représentation des Noirs tout en travaillant à sa propre réussite. « Il est devenu très important pour moi d’être une leader forte jouissant d’une grande visibilité. J’essaie d’être une personne à laquelle les jeunes peuvent s’identifier. Je veux qu’ils puissent s’imaginer dans de tels rôles, qu’ils se sentent à la hauteur et deviennent maîtres de leur vie et capables de déterminer eux-mêmes la voie qu’ils suivront. »

Son engagement à aider les jeunes filles noires et la communauté noire, Chanae l’a intégré à son travail actuel comme directrice des programmes et de l’engagement communautaire dans le réseau des bibliothèques publiques de Halifax. Parce qu’elle sent qu’elle a une dette envers les femmes noires fortes et influentes qui l’ont aidée, Chanae Parsons est devenue elle-même un exemple à suivre et exerce indéniablement une influence positive dans la vie d’autres personnes.

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